NICO DUPORTAL & THE SPARKS

Par Raphaël LOUVIAU

Qu’il dérive nonchalamment vers la Nouvelle Orléans ou zigzague dans le Sud, de Bâton Rouge à Memphis en passant par Muscle Shoals, ce NICO DUPORTAL est époustouflant. De talent, de classe, d’honnêteté.

Pourquoi sillonner les sept mers pour débusquer la perle rare alors qu’il suffit de traverser la rue ? C’est donc chez lui, à Dunkerque qu’ILLICO! a tenu à rencontrer le gazier. On est arrivé après une visite dans l’excentrique quartier du même nom – une splendeur inexplicablement laissé à l’abandon. Un simple pâté de maisons des fenêtres duquel sortait un R&B sirupeux qui gâchait la solennité que cette architecture fantasque exigeait. NICO venait de recevoir le test pressing du sublime Dog, Saint & Sinner  et il rayonnait, malicieux et avenant. On sentait bien qu’on n’allait pas l’impressionner avec nos louanges, NICO sait ce qu’il vaut et d’où il vient. Le garçon a connu la débrouille très jeune et des soupes aux cailloux qu’il n’avalait pas avec une cuillère d’argent. Ça met du plomb dans la tête et ça aide à la garder sur les épaules. On l’imaginait décharger des palettes sur les docks pour gagner sa vie, il s’est retrouvé à colmater des tuyaux. Il a finalement décidé que ce serait avec une guitare et non un chalumeau qu’il allait guérir ses maux. On a repensé à « With My Bare Hands », l’affirmation d’une fierté prolétaire assumée et aux indices d’une vulnérabilité qu’il distille tout au long de l’album : des conditionnels incertains, des métaphores maritimes, des vies à maintenir à flot et des vœux à renouveler par chansons interposées. Et on a compris pourquoi on avait été tant touché par ses chansons : pas d’autofiction tiédasse ici mais de l’autobiographie assumée (« It’s A True Story Brother ! »), touchante dans sa fragilité et sans esprit de revanche. Et même lorsqu’il rend hommage à la grande Mavis Staple (« Keep On Keepin’ On »), on sent le narrateur pas complètement étranger à cette ode à la pugnacité.

« My greasy hair is shinin’ just like my Rhythm and Blues »

Son album débute par un Rhythm&Blues dans l’acceptation littérale du terme : exubérant et irrésistible (« Sweet Brown Eyed Woman »). NICO a retrouvé la recette de l’élixir de jouvence, quand la musique n’était pas cette chose formatée et sclérosée qu’elle est devenue, quand elle servait de bande son aux réjouissances du samedi soir que les adolescents américains attendaient fébrilement dès le lundi matin. Son R&B sait exalter cet enchantement, la scoumoune transformée en célébration du bonheur immédiat, le refuge du samedi soir avant l’église du dimanche matin. Il y a une différence entre un robuste album, artisanal et bien charpenté et un autre qui, au delà de ses influences, a le truc en plus : des compositions abouties, des arrangements inventifs (divin glockenspiel, Wurlitzer tire-larmes…) et l’honnêteté en prime. Et même si l’honnêteté ne soit pas toujours un gage de qualité, elle apporte indéniablement une plus-value lorsqu’il s’agit de dire les tréfonds de l’âme. Le garçon aime Don Covay et Eddie Bo (on s’en doutait) et connait son Mickey Baker sur le bout des doigts (« J’ai toujours été un grand fan de Mickey Baker. Surtout quand il jouait derrière Sylvie Vartan et Chantal Goya »). Ses cuivres rutilants et chaloupés transportent littéralement et son groupe est d’une justesse sidérante. On a rarement ressenti une telle exaltation à l’écoute d’un album, un tel sentiment d’évidence. Et on n’écrit pas ce genre de choses à la légère.

Alors qu’on lui demandait notre chemin pour rejoindre les 4 Écluses, NICO eut cet aphorisme remarquable : « Rien n’est loin à Dunkerque, à part le reste du monde ». On est ravi d’avoir découvert cette terre promise.

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