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CHARBON

Par SCOLTI

CHARBON est un trio venu du bassin minier qui nous propose un math rock instrumental plein d’énergie (fossile), sans émission de CO2.

Salut CHARBON, bienvenue chez ILLICO! Vous sortez d’apéro, ça va aller pour vous présenter ?
Antoine : salut ILLICO!, on est CHARBON ! Enfin, deux membres de CHARBON (rires). Ouais enfin si tu te marres euh (rires).

On reprend ?
Antoine : salut Scolti, c’est Antoine, basse et Florent, guitare, de CHARBON, et il manque Cyril pour la partie rythmique.
Florent : on est trois, même si on a été quatre, mais on a changé de formation.

Et qu’est-ce qui a changé ?
Antoine : alors au début on était que trois, basse, batterie, clavier, un clavier un peu noise, on a fait un petit EP et quelques concerts comme ça, puis Flo nous a rejoint à la guitare, et on a refait un nouvel album du coup, avec un côté plus rock, moins expérimental, on est donc parti sur un truc plus post-rock, avec le clavier qui faisait des envolées, des trucs un peu noisy, c’était assez cool, puis notre clavier est parti bosser à Paris et a donc arrêté le groupe, et on est resté à trois. On est parti sur un truc plus math rock, un peu plus énervé.
Florent : sachant qu’avec Antoine on se connaissait déjà avant, et on avait déjà joué ensemble.
Antoine : ouais on jouait dans un groupe de punk rock qui s’appelait Les Crâneurs.
Florent : et du coup c’est venu assez naturellement.

Quand on est un groupe instrumental, perdre le clavier, ça fait pas un trou énorme ?
Antoine : ouais, parce que le synthé remplaçait un peu le chant, alors on a changé les structures pour dynamiser les morceaux, c’est moins lent, y a des changements de tempo, on s’échange les leads, des fois la basse, des fois la guitare, des fois la batterie, chacun a son moment où il va « chanter ».

La limite devient une chance ou une contrainte ?
Antoine : les contraintes c’est une chance, parce que sans contraintes tu peux faire ce que tu veux, et tu ne sais pas quoi faire. Là tu dois faire avec ce que tu as, et t’enrichis ta créativité.
Florent : dans un groupe, le chanteur est souvent mis en avant par rapport aux musiciens. L’avantage ici, puisqu’on n’a pas de chanteur, est qu’on peut chacun prendre la place du lead, aussi bien en studio que sur scène. Généralement on demande aux musiciens de moins en faire pour laisser la place au chant, alors que pour nous, non.
Antoine : nous on s’écoute, on se laisse nos espaces, et on crée des nuances comme ça.

Pourquoi CHARBON, pourquoi ce nom ?
Antoine : parce que je suis né sur un terril.

Ton berceau a été retrouvé sur un terril ?
Antoine : nan (rires), c’est parce qu’on vient du bassin minier, houdain, loos-en-gohelle, noeux-les-mines etc… « Charbon », c’est par rapport à la matière noire, organique, du son. Y a aussi la façon dont le mot sonne, avec son côté crade, une espèce de distorsion naturelle dans le mot.

Ça impose une ligne créatrice sombre et poussiéreuse ? Ou est-ce qu’on peut faire dans le lumineux sans avoir l’impression de se trahir ?
Antoine : on fait aussi dans le lumineux, on a des sons qui font un peu musique des îles, et je déconne pas (rires). On a un côté très très sombre, mais on a aussi un côté ensoleillé, qu’on retrouve par exemple dans le morceau «Grisou Gang Bang», très inspiré de musique africaine, un peu jazzy aussi. En fait on compose en improvisant, en jouant tous les trois. On enregistre nos répèts et on réécoute, on choisit des trucs, et on développe.
Florent : on a aussi des influences très différentes. Antoine et Cyril sont plus hardcore, alors que moi c’est plutôt punk, voire pop parfois, et du coup c’est très intéressant de mêler tout ça.

Faire de l’instrumental, c’est un choix, ou c’est parce que vous cherchez votre voie ? (attention, jeu de mots!)
Antoine (chuchote à Flo en se foutant de ma gueule) : rah putain il est fort (rires)
Florent : très fort !
Antoine : c’est un choix.
Florent : bah pas tout à fait quand même.
Antoine : Nan pas tout à fait.
Florent : pas tout à fait, c’est un peu le hasard !

Demain vous tombez sur une voix, ça peut vous intéresser ?
Antoine : ça peut être intéressant pour faire un feat sur un morceau, mais on ne cherche pas à avoir un chanteur dans le groupe, ça nous intéresse pas, on est un groupe instrumental et on le reste. On a des copains qui nous ont proposé de venir poser un rap ou autre sur des morceaux, on trouvait ça cool mais on a jamais trouvé le temps de le faire. Mais sinon ça nous intéresse pas des masses d’avoir un chanteur.

C’est quoi le problème avec un chanteur ?
Antoine : c’est qu’un chanteur c’est un gros con tout le temps !
Florent : (rires)
Antoine : c’est le mec qui fait le vide, c’est lui la star.
Florent : ouais et puis pour les droits d’auteur ça fout la merde etc (rires).
Antoine : nan les chanteurs c’est des connards (rires).

Bon on redevient sérieux ? Être programmés au Mainsquare ça signifie quoi ?
Antoine : bah qu’on joue au Main Square.

C’est juste ça ? C’est comme jouer dans son jardin ?
Antoine : ouais, mais avec plus de copains.
Florent : ben nan ils seront pas là nos copains !
Antoine : ouais on va jouer devant des gens qu’on connait pas et qui ont payé super cher une place (rires).

C’est un truc important dans une carrière de faire un festival de cette ampleur ?
Florent : Ouais c’est quand même valorisant ! Après, on n’attend pas grand-chose, on ne s’imagine pas des retombées ou quoi que ce soit.
Antoine : Ouais ça dépend comme tu vois le truc, on connait plein de groupes qui ont fait le tremplin ou autre, qui ont splitté deux mois après, ça leur a jamais rien amené, et au contraire y a des groupes qui ont fait la scène régionale du Main Square, le Bastion, à qui ça a apporté pas mal de choses, des contacts etc, sans se prendre la tête.

Et c’est excitant ou on y va à la cool ?
Florent : je dirais que c’était excitant au début, mais comme ça a été repoussé de deux ans, avec le covid, l’excitation est retombée. On n’attend plus grand-chose d’autre que d’y être vraiment pour voir comment on va le prendre.
Antoine : ouais c’est ça, la première année on était hyper excité, mais après ça s’est un peu essoufflé depuis 2020.
Florent : on a l’impression qu’on ne va jamais le faire en fait (rires).

«  Il faut aussi se rappeler que le silence fait partie de la musique, donc on laisse des temps où tout le monde ne joue pas… »

L’angle de CHARBON, c’est d’avoir légitimement sa place dans une énorme machine nationale et internationale, ou de contribuer à la signature de cet événement qui porte aussi une identité régionale ?
Antoine : l’identité régionale, par le biais du Bastion, est récente, avant y avait juste le tremplin, qui n’est pas trop notre truc, parce qu’on n’est pas trop « compétition ». Là, sur la scène du Bastion on est programmé parce qu’on nous apprécie, et du coup c’est bien, cette scène est super cool et y a des groupes vraiment top, comme Baasta!, y a Ninon aussi qui y joue, y a Masstø… Donc voilà, le Main Square on y va, on sait que ça va être cool, c’est un copain qui fait le son, ça va être sympa, mais on sait aussi qu’on joue le jeudi en ouverture et que c’est un peu compliqué, souvent en ouverture on te demande de jouer alors que les grilles sont pas encore ouvertes, tu fais tes premières notes devant personne, t’as les gens qui arrivent au fur et à mesure.
Florent : c’est déstabilisant ouais.
Antoine : déjà toi t’es pas dans l’ambiance, t’as les gens qui arrivent et il faut qu’ils se mettent dedans, nos morceaux durent deux, trois minutes ça change tout le temps, donc c’est un peu galère de jouer en premier, mais on va le faire ! C’est un exercice. Y a un copain qui va venir faire des photos, ça nous fera de la matière. Lais on sait que ça va être un peu dur d’ouvrir le festival.

Mais on est content quand même (rires) ?
Antoine : Mais on va tout défoncer ça va déchirer (rires).
Florent : à fond ! (rires).

Comment on trouve le titre d’un morceau instrumental ? Par ce qu’il inspire, ou on crée le morceau à partir d’une thématique ?
Florent : y a un peu de tout, y a des copains qui nous soufflent des idées.
Antoine : ouais, on l’envoie à son frère, il écoute, et il dit « Ouais, celui-là il faudrait l’appeler «Grisou Gang Bang» »…
Florent : (rires)
Antoine : bah pourquoi ? Bah parce qu’on se croirait dans un Gang Bang. Ah OK !
Florent : (rires)
Antoine : nan mais voilà, il faut bien les nommer si on veut s’y retrouver.
Florent : après, on a chacun des petites références aussi, par exemple pour moi y a le morceau « Dhesse », qui fait référence au résistant Alexandre Dhesse de Noeux-Les-Mines, assassiné à 20 ans à Arras.

Y a pas de frustration à ne pas pouvoir raconter ce genre de choses ?
Florent : non justement c’est bien, parce qu’on nous pose la question, et ça nous permet d’expliquer.
Antoine : ah bah je croyais que c’était par rapport à Henri Dès moi (rires).
Florent : merde… (rires).
Antoine : ouais y a donc souvent des références. « Cheval Des Fosses » est un poème sur les chevaux qui travaillaient dans les fosses.
Florent : « Muse Noire » est un bouquin que j’avais, sur la mine.
Antoine : on a tous des grands-parents mineurs, et donc ça tourne aussi autour de ça. Sinon… le morceau « Breton » fait allusion au surréaliste André Breton.

Et le morceau est surréaliste et dadaïste ?
Antoine : nan. C’est juste du rock. Mais sans chant.

Quels sont les ingrédients pour transmettre les émotions, le message, ou l’histoire, d’un morceau, quand il n’y a pas de texte ?
Florent : beaucoup de volume ! (rires)
Antoine : Pour les émotions, on essaye de ne pas jouer la même chose. Il faut aussi se rappeler que le silence fait partie de la musique, donc on laisse des temps où tout le monde ne joue pas, et si Flo dit quelque chose, j’essaye de ne pas dire la même chose, ça serait con de se répéter, sauf sur des passages qui demandent de l’énergie, ça nous arrive de le faire mais c’est rare. L’émotion viendra d’un accord différent qui se greffera sur un riff très mathématique.
Florent : et y a aussi le fait de sortir du truc « couplet/refrain » standardisé.
Antoine : on parle plus en terme de mouvement, un peu comme de classique, on va parler de premier mouvement, deuxième mouvement…

Vous êtes musiciens de formation ?
Antoine : pas du tout, on est tous les trois autodidactes. J’ai fait quelques courts de basse avec un prof qui écrit des méthodes, Frédéric Zemanski, c’est un tueur.
Florent : comme on a appris de la même manière on arrive à se comprendre. On n’a pas fait de solfège etc, et chacun travaille à l’écoute.
Antoine : ouais, et nous on joue ensemble depuis qu’il a 16 ans.

C’est une démocratie, CHARBON ?
Antoine : bah non ! (rires), ben oui c’est une démocratie ! Après, je suis le leader apparemment (rires)
Florent : on n’a pas la même perception des choses, et des fois la décision va revenir à la personne qu’on trouve la plus juste.
Antoine : après, quand on compose, au niveau des choix musicaux, si on n’est pas tous d’accord, on en le fait pas, comme ça c’est clair et net et y en n’a pas un qui est lésé. Des fois on est un peu dégoûté, mais au moins c’est réglé.
Florent : c’est pas arrivé souvent.

« Notre territoire a déjà été suffisamment labouré et démoli, il serait temps d’en faire quelque chose de mieux qu’une immense décharge. »

Vous avez un rapport particulier à l’onirique ?
Florent : ça veut dire quoi ça « onirique » ?
Antoine : putain… j’ai arrêté les cours en CM2… Flo, l’onirique c’est ce qui se rapproche du rêve.
Florent : Ah. On est tous créatifs, rêveurs et idéalistes. On aimerait que la société s’améliore, même si on est très terre à terre dans le fond.
Antoine : nan, y a un gros côté artistique et onirique dans CHARBON. Déjà le fait qu’il n’y ait pas de chant t’emmène ailleurs, tu te poses des images, beaucoup de personnes nous disent que ça les fait penser à des musiques de films, des images apparaissent, ce qui ne se produit pas quand il y a du chant. Mais tout ça n’est pas réfléchit au départ.
Florent : c’est beaucoup d’impro.
Antoine : on bosse aux sentiments.

Est-ce qu’on porte une identité particulière quand on grandit dans les anciens bassins miniers ? Et si oui, ça se traduit comment ?
Antoine : ah bah carrément ! Chômeur, consanguin (rires), et c’est quoi le troisième déjà ?
Florent : alcoolique (rires).
Antoine : alcoolique !
Florent : les stéréotypes durent… bon, y en a partout après…

Et sinon, blagues à part ?
Antoine : la bonne ambiance, la camaraderie.
Florent : la famille.
Antoine : les groupes qui jouent dans la région sont des copains, mais où qu’on aille on se fait des potes de toute façon.

En off on a parlé de la pauvreté, ça fait partie aussi de cette culture ?
Florent : on est fier de notre histoire, mais on n’aimerait pas être mineur.
Antoine : ouais, le but était de sortir de ça, génération après génération, par paliers.
Florent : et le bassin minier est au patrimoine mondial de l’UNESCO désormais. Aujourd’hui je me bats avec une asso, parce qu’à côté de chez moi, à Hersin Coupigny, est en train d’arriver l’une des plus grosses décharges d’Europe. On essaye de sauver notre patrimoine. Le site existait déjà, c’étaient des déchets inertes, et là ils parlent d’enfouir des déchets toxiques, une catastrophe. Notre territoire a déjà été suffisamment labouré et démoli, il serait temps d’en faire quelque chose de mieux qu’une immense décharge.

Qu’est-ce qui attend CHARBON pour les jours, semaines, et mois à venir ?
Antoine : des répèts.
Florent : un album aussi ! (rires)
Antoine : ah ouais c’est vrai, on a enregistré un album, à Paris

Ah, tu t’en rappelles ?
Antoine : ouais on l’a fait pendant le covid, avec le bassiste de Vianney, Hugo Cechosz, qui a aussi bossé avec Miossec et Tété.
Florent : il est extraordinaire ce mec !
Antoine : donc, un album, des scènes… Après Flo vient d’être papa, c’est pas mal de taf !
Florent : (rires) notre batteur est parti dans le sud pour un projet pro, on est un peu en stand-by en attendant.

Alors on applaudit le papa  !
Antoine : Bravo ! (applaudissements) à bientôt Scolti !

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