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photo © Camille Vivier

JEANNE ADDED

Par NadiaKoulla

Rencontre rafraîchissante au café le 7 septembre avec la flamboyante JEANNE ADDED pour parler de ses concerts en septembre à Boulogne-sur-Mer, du 3 octobre à Douai et du 7 octobre au Tourcoing Jazz Festival, sur un ton calme et posé à l’image de son album By Your Side sorti le 30 septembre dernier.

Bonjour Jeanne, quand tu lis un papier sur un artiste, qu’est-ce qui t’intéresse, qu’as-tu envie de découvrir ?
J’aime bien savoir comment les gens travaillent. Je regarde les vidéos de studio. Ça m’intéresse de voir les chemins qu’ils prennent, comment ils réfléchissent à la musique mais c’est vraiment de la cuisine de musicienne. Comment les autres font, comment ils ressentent la musique, ce qu’ils y mettent d’eux, voir si il y a des choses en commun avec d’autres musicien.n.e.s et ma façon de travailler, le process des gens, c’est ce qui m’intéresse.

Et toi, quels chemins prends-tu, c’est quoi ton process ?
Ben c’est long à expliquer. Déjà il y a différentes phases où il faut vivre des choses, les éprouver, expérimenter la vie, ça c’est important. Il y a des phases où il faut digérer ce qu’on a vécu et des phases où il faut se concentrer très fort, s’isoler pendant quelques temps pour transformer tout ça en matériel artistique. C’est un process qui est très simple et très naturel. Il y a plein de choses qui y participent et qui ne sont pas identifiées comme du travail, c’est assez fascinant d’ailleurs. Il y a des moments où je sens que c’est le moment et qu’il va falloir que je me mette à écrire, c’est passionnant, j’adore mon métier.

Les contrats ne t’imposent-ils pas une certaine cadence de production, contrariant ce process du temps long ?
Non, j’ai une liberté de temps et, en même temps la contrainte n’est pas un problème pour moi. Je fais des disques qui me permettent après de faire des tournées et je ne peux pas rester deux ans sans faire de concert, physiquement, c’est impossible, j’en suis littéralement incapable, je l’ai jamais fait en fait. Le moment où je suis restée le plus longtemps sans concert c’était pendant le confinement. Et puis j’aime faire de la musique donc j’ai pas spécialement envie de ne pas en faire. Alors même s’il y une contrainte, elle me permet de créer, ça fait partie du jeu.

Comment ton travail a-t-il évolué ?
Je dis souvent que ce que je fais c’est de plus en plus compréhensible ou en tout cas lisible, clair pour le public. Par le passé, je prenais des chemins plus compliqués, l’écriture pouvait être source de grand déchirement. Je travaille activement à souffrir le moins possible et ça marche. Aujourd’hui c’est plus immédiat, évident, ludique, fluide, très peu réfléchi et c’est très agréable, même joyeux ! Allant de mieux en mieux, on verra ce que ça donne. (rires)

Certains médias disent de toi que tu es une artiste engagée, qu’en penses-tu ?
Je pense que c’est sympa de dire ça mais je ne suis pas une militante. Je vois bien le travail des activistes qui créent du contenu politique et qui y consacrent toutes leurs activités, ce qui n’est pas du tout mon cas. Je fais un travail personnel pour essayer de comprendre le monde dans lequel on vit, la différence entre ce qu’on sait, ce qu’on nous a appris sur la place des filles, les colonisations et la réalité. L’histoire a été écrite par des dominants et il nous manque un sacré bout… C’est une catastrophe. C’est intéressant d’aller voir l’endroit des autres acteurs de toutes ces histoires. Je m’exprime sur les réseaux, comme tout le monde, pour dire ce qui me plaît et ne me plaît pas. Je partage des publications de SOS Méditerranée ou du planning familial, mais c’est tellement petit par rapport à ce que d’autres font que je ne tire aucune fierté à cet endroit là. En tous cas, c’est important pour moi d’être réveillée à cet endroit là et de me cultiver au maximum pour déconstruire certaines choses.

photo © Camille Vivier

« Répéter avec un groupe qui est là pour une tournée demande du travail et des gens talentueux. »

Ton album By Your Side représente quel point d’étape ?
J’aime bien qu’il se termine par le morceau «By Your Side», que j’aime beaucoup, qui appelle au compagnonnage qui sera l’étape d’après !

Justement, comment prépares-tu ta scène avec ton groupe, ton compagnonnage artistique du moment ?
C’est beaucoup de répétitions, et j’adore ça, répéter la musique, l’arrangement des morceaux. On a travaillé avec Emiliano Turi qui travaille avec moi depuis très longtemps et qui s’est occupé de toute la direction musicale. C’était une chance merveilleuse qui m’a permis de me concentrer sur mon travail de performeuse et de progresser sur ma pratique scénique, je suis très très heureuse de ça.

Quelle place tient le reste du groupe à tes côtés ? JEANNE ADDED est devenu un groupe ?
Oui, après on les a embauchés, convoqués, invités à nous rejoindre car ce sont des personnalités, des musicien.n.es qui nous ont touchés, des attitudes vis à vis de la musique et je suis très sensible à ça, le rapport que les gens ont avec la musique, la nécessité qu’ils en ont ou pas. Ils viennent jouer ma musique, c’est forcément un peu particulier pour eux, il faudrait leur poser la question ! J’ai été à cette place d’interprète pour d’autres pendant des années, c’est un métier particulier. Là, il faut qu’on apprenne à jouer ensemble et c’est ça qui est important. Répéter avec un groupe qui est là pour une tournée demande du travail et des gens talentueux. Il y a deux interprètes avec moi, Laetitia N’Diaye et Nael Kaced ; au clavier, Géraldine Baux ; à la basse, Anso Ambroisine ; à la batterie, Amélie Leroux et Emiliano Turi qui s’occupe des machines et percussions ; sans compter toute l’équipe technique car on est rien sans eux.

Et donc vous venez dans la région pour trois dates en septembre et octobre ? Une adaptation est-elle prévue, notamment pour le Tourcoing Jazz, avec de l’improvisation peut-être ?
Oui, c’est cool, toujours cool par ici, vraiment, ça se passe toujours bien, bonne ambiance, excellent public, continuez comme vous êtes ! Et non, pas d’adaptation prévue, il y a très peu d’impro, le jeu avec le groupe n’a pas été prévu comme ça. Moi je change des choses chaque soir mais la musique n’a pas été écrite pour laisser place à l’impro, pas pour le moment mais j’aimerais bien, c’est la prochaine étape…

Je t’ai entendu dire être devant une grande page blanche aujourd’hui, et donc ?
C’est bien car on peut inventer plein de choses, de soi, de sa propre vie, de son corps et c’est très joyeux.

A ce propos, voici un extrait de «La venue à l’écriture» d’Hélène Cixous : « Lâche-toi ! Lâche tout ! Perds tout ! Prends l’air. Prends le large. Prends la lettre (ou la note). Écoute : rien n’est trouvé. Rien n’est perdu. Tout est à chercher. Va, vole, nage, bondis, dévale, traverse, aime l’inconnu, aime l’incertain, […], acquitte-toi des vieux mensonges, ose ce que tu n’oses pas, c’est là que tu jouiras. »
Eh bien dans ma dernière chanson By Your Side je dis : « il n’y a rien à perdre, tout à espérer, à toi seulement fidèle ». Bam, on est dans le thème ! Merci Nadia.