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LITTLE BOB BLUES BASTARDS

Par Patrick DALLONGEVILLE

Ne cherchez pas à faire le décompte, mais en 1975, j’avais seize ans, et Roberto Piazza déjà trente. Il n’empêche que dans la MJC moisie de mon bled, c’est sa Story qui m’a défloré de mon tout premier concert rock.

Little Bob : Ah, Patrick, c’est cool de t’avoir au téléphone…

C’est réciproque, Bob. Dans le Nord, on a un groupe de pub-rock qui s’appelle Baton Rouge. Ces mecs jouent ensemble depuis trente ans, et dans leur local de répétitions, il y a des affiches de concerts. Parmi celles de Bijou, Wilko Johnson et Dr. Feelgood, il y en a une de LITTLE BOB BLUES BASTARDS.
Ah c’est sûr que je ne suis plus tout neuf, hein, mais avec les Blues Bastards, on a un répertoire très mélangé. Il y a bien sûr toujours des trucs de la Story, mais aussi des titres de mes albums les plus récents. J’ai toujours la même voix, peut-être un peu plus grave en vieillissant. Le nouvel album est constitué davantage de chansons que de blues à proprement parler, c’est un disque que j’ai écrit en pleurant, en pensant à Mimie (NDLA : sa muse fusionnelle plus de 35 années durant, hélas emportée par une longue maladie voici trois ans déjà).

« le personnel de Matignon veut du rock »

Il y a cinq ans, vous avez joué à Matignon pour la Fête de la Musique, à la demande d’Edouard Philippe. Il est rock, le Maire du Havre ?
C’était même pas à son initiative, pour tout te dire ! C’est le personnel de Matignon qui a profité de sa caution en tant que Maire de notre ville pour nous programmer. Ils lui ont dit : « on en a marre des flons-flons et de l’accordéon, chez vous, on a repéré un groupe sympa, et ça nous ferait plaisir de changer du train-train ». La suite, c’est une agence de Paris qui m’appelle en me disant : « le personnel de Matignon veut du rock »… Donc on a accepté, et on les a fait payer cher !

Avec nos impôts !
Et quand Edouard est arrivé, poursuivi par une horde de journalistes et de cameramen, on en était au sound-check. Il me salue de la main, et je lui dis « Bonjour Monsieur le Maire » (rire). Il était Premier Ministre, et il s’est dit « Ah, Bob continue à faire le con » (rire). Ensuite, les fenêtres de son bureau étaient ouvertes tandis que nous, on jouait à fond la caisse, mais il n’est pas redescendu nous écouter. Plus tard, au moment des Gilets Jaunes, comme j’avais son numéro de téléphone portable, je l’ai appelé et je lui ai laissé un message qui disait : « Monsieur Edouard, en ce moment, vous tapez sur les Gilets Jaunes, qui sont juste des gens qui travaillent et qui veulent simplement vivre de leur boulot, et vous laissez agir les bandits qui cassent les vitrines, comment ça se fait ? ». Il ne m’a jamais rappelé. Depuis, je lui fais la gueule.

Il y a en effet un constat que nous sommes nombreux à partager, c’est que le rock des origines, tel que tu le pratiques depuis toujours, celui de Chuck Berry et de Bo Diddley, qui s’est perpétué avec les Animals, les Pretty Things, Them, Yardbirds et Dr. Feelgood, est avant tout d’extraction prolétaire.
Mais bien sûr ! Le titre de mon dernier album, We Need Hope, on a besoin d’espoir, ça signifie avant tout qu’on en a besoin pour tout ce qui va suivre : le chômage, le pouvoir d’achat, le racisme… J’ai un titre qui s’appelle « Barbed Wire », qui parle de tous ceux qui hérissent des murs de barbelés contre les réfugiés. C’est cet esprit de repli sur soi que je dénonce, car ces pauvres gens ne fuient en fait que la guerre, la persécution, la famine et la misère. Et si on les dispatchait équitablement parmi les pays européens, ça ne poserait pas le moindre problème.

Tu es toi même l’enfant d’immigrés italiens. Ca t’inspire quoi, tout ce nationalisme qui refleurit un peu partout ces temps-ci ?
Moi, je suis pour l’entraide et l’amour entre les gens. En ce moment, il y a une espèce de dingue qui est en train de mettre un pays démocratique à feu et à sang. Je suis un peu âgé maintenant, mais sinon, j’irais bien combattre aux côtés des Ukrainiens.